Un périple de 3300 km de Chamilly et St Jacques de Compostelle avec sa brouette. Alain Mougenel fera le chemin de Compostelle pour la 2e fois, mais pour ne pas rester à la porte des gîtes espagnols bondés, cet inventeur de talent a fait fabriquer une brouette sur laquelle il pourra dormir. Une invention qui pourrait faire des émules. A 65 ans, Alain Mougenel n'est pas un marcheur invétéré, mais un homme qui sait ce qu'il veut. Juste avant sa retraite, il s'était promis de partir à Compostelle. Pas forcément par dévotion mais pour voir des paysages, profiter de ce qu'il ne pourrait découvrir au volant de sa voiture.
De 15 à 45 km par jour
Chose dite, chose faite la retraite venue, c'était en 2004, il prend la route sac sur le dos « sans entraînement, je marchais la première semaine entre 10 à 15 kilomètres par jour puis 20 à 22 la deuxième semaine pour terminer par mes 45 kilomètres journaliers sans fatigue ni problèmes -hormis les quelques ampoules auxquelles il n'a pu échapper- et pourtant, je n'ai pas l'habitude de marcher et je n'ai rien d'un randonneur ». Son embonpoint le confirme, ce périple est pour Alain Mougenel, l'occasion de profiter des paysages, de visiter des églises, des monuments. « Marcher permet de voir ce que l'on ne voit pas, de passer une demi heure à regarder des fourmis chercher leur nourriture, d'apprécier comme un cadeau le seul arbre perdu au milieu de la Mesetta espagnole et de profiter d'un coin d'ombre, de le partager ensuite avec un autre marcheur. On rencontre des gens sur le chemin, tout le monde ne va pas au même rythme. On ne regarde plus l'heure et on éprouve un vrai sentiment de liberté ». Un seul hic et de taille, les guides sont particulièrement bien faits, le chemin étant très prisé, les gîtes sont nombreux côté français et espagnols mais en pays ibère, on ne peut réserver à l'avance, premiers arrivés, premiers servis « les lycéens viennent en bus et marchent 10 km, dorment au gîte tant et si bien que plusieurs fois, j'ai dû dormir dehors, parce que quand on arrive à 5 h du soir et qu'on vous dit il y a peut-être de la place à 10 km, c'est encore trois heures de marche sans être sûr de trouver un toit ».
Un lit déployable en 15 minutes
Mais, comme rien n'arrête cet inventeur de génie, il a décidé de créer un prototype de « brouette » destinée à transporter son baluchon mais surtout à lui servir de lit, une fois la petite tente déployée sur la structure en quinze minutes. « C'est un peu farfelu » s'amuse son épouse en aparté mais l'inventeur de poursuivre, sûr de son fait. « C'est une société de Saint-Léger-sur-Dheune qui a réalisé le véhicule tout en aluminium et pourvu d'une roue centrale, j'ai prévu une sorte de baudrier pour supporter le poids sur les épaules et j'emmène trois caisses avec moi, un minimum de vêtements : trois tee-shirts, trois slips, quatre paires de chaussettes, une paire de chaussures, deux pantalons et deux chemises et un peu de nourriture et les affaires de toilette. On n'a pas besoin de beaucoup plus d'autant, que l'on traverse toujours un village pour faire ses emplettes. Sur le chemin, on rencontre aussi des marcheurs qui ont un chariot avec eux parce que dans un sac à dos, on est limité, il est impossible de supporter une charge supérieure à 10 % de son poids ».
Sur la route, il tiendra un journal de bord, prendra des centaines de photos et profitera pleinement du voyage jusqu'à Compostelle, un but mais pas une fin en soi « c'est l'usine, l'arrivée est vraiment décevante, les gîtes proposent 800 places, c'est invivable d'où l'utilité de la tente sur la brouette ».
Retour à pied
Mais une fois Compostelle en vue, le voyage n'est pas terminé puisque cette fois, il a décidé de faire le chemin du retour à pied. La première fois le voyage en train lui avait semblé presque plus difficile que de marcher à pied, le monde, le confinement dans le wagon après tant de semaines de liberté. Il reviendra donc par la côte et s'il est parti du Puy-en-Velay à l'aller, il entend bien revenir chez lui à Chamilly par les chemins.